Despre Emil Cioran: La jeunesse comme péché…

“Pour reprendre le diagnostic de Cioran lui-même, je dirais que son péché de jeunesse, c’est la jeunesse comme péché. Dans un texte du début des années 1950, Cioran écrit : « À l’époque où j’étais jeune, toute l’Europe croyait à la jeunesse. Ce sont les jeunes qui promeuvent les doctrines d’intolérance et les mettent en pratique, ce sont eux qui ont besoin de sang, de cris, de tumulte et de barbarie. » Il me semble que Cioran met le doigt sur ce qu’a été le grand malheur du XXe siècle. Un malheur prophétisé par Dostoïevski dans cette conversation des Possédés où Piotr Verkhovensky demande aux conjurés ce qu’ils préfèrent : patauger dans le marécage à une allure de tortue ou le traverser à toute vapeur. Un « collégien enthousiasmé » lui répond : « Moi, je suis pour le traverser à toute vapeur ! » Cioran a été ce collégien enthousiasmé. Il a également cédé à l’historicisme. Il reviendra sur cette illusion dans ses Cahiers : « N’exigez pas de moi de croire que l’Histoire ait un sens et l’humanité un avenir. L’homme passera de difficulté en difficulté et il en sera ainsi jusqu’à ce qu’il en crève. » Par là, on voit que toute son œuvre est une méditation critique sur ce délire inaugural.” (Alain Finkielkraut)

 

Emil (E. M.) Cioran, Eugène Ionesco and Mircea Eliade

 

Comments are closed.

%d bloggers like this: